L’après Castro ? La question est depuis un certain temps dans toutes les têtes. Mais pendant longtemps le sujet est resté tabou, preuve s’il en était besoin que même gravement malade ou moribond, Fidel Castro tenait encore les rênes du pouvoir. A l’instar des fins de règne des grands caudillos, il était indécent d’évoquer avec trop de précisions la succession du Lider Maximo de son vivant. La question n’est plus maintenant de savoir s’il y aura une transition à Cuba, mais quand et comment.
Malgré l’assurance officielle qu’il n’y a ni “transition”, ni “succession” à Cuba, et que Raúl n’est au pouvoir que “temporairement”, le doute susbsiste sur un retour de Fidel Castro au pouvoir. L’option militaire reste dans un premier temps la plus probable, ne serait-ce que parce qu’elle est sans doute la seule susceptible d’éviter un scénario catastrophe à la roumaine avec une explosion des tensions et des antagonismes qui minent la société cubaine. L’armée est déjà fermement implantée dans les sphères du pouvoir avec notamment la présence de deux généraux de premier plan au bureau politique (Abelardo Colomé Ibarra et Ulises Rosales del Toro). Cependant la personnalité de Raúl Castro reste un mystère.
Raúl Castro n’a que cinq ans de moins son frère ainé, et la réputation d’avoir une santé plutôt fragile : homme d’appareil et de coulisses, il est plutôt mal à l’aise en public. Autant Fidel est grand, imposant par sa carrure et sa prestance, autant Raúl est petit, chétif, terne et sans envergure. Fidel paralyse ses interlocuteurs du regard, et est encore capable de captiver ses auditeurs en alignant les anecdotes et les plaisanteries. Raúl fait pitié avec son regard chafouin, ses manières apprêtées et ses discours d’un dogmatisme et d’un ennui mortels.
Raúl a la réputation d’être un pragmatique : son appel aux Etats Unis pour négocier en est la preuve. Plus récemment il a décidé d’arreter de donner des noms aux années. 2006 était l’année de la “révolution énergétique”, 2007 sera l’année du “48 eme anniversaire de la révolution”. Et ainsi de suite. Pourquoi se casser la tête chaque année pour trouver un slogan dont tout le monde se soucie comme de sa première chaussette ?
Raúl Castro ne laisse pas beaucoup d’illusions d’ouverture du système. Bien qu’il soit une personne affable et connu pour sa cordialité, il a été le protagoniste de quelques moments d’une extrême dureté dans l’histoire de la révolution. En 1959, il assumait le commandement des troupes révolutionnaires qui prirent Santiago de Cuba, la seconde ville de Cuba ; il y ordonna l’exécution sommaire de 70 officiers et soldats qui s’étaient rendus. Après avoir été fusillés, les prisonniers furent jetés dans une fosse commune. Raúl, qui avait formé « l’Armée rebelle » à une discipline reconnue comme étant de fer, fut aussi l’organisateur, en 1996, d’une purge d’intellectuels du PCC qu’il accusa de déviations capitalistes en raison de leur appui à la politique d’ouverture économique.
Raul a toujours donné l’impression d’être un communiste dogmatique et un idéologue intransigeant : son rôle de procureur dans l’affaire Ochoa a montré qu’il était capable du pire. Mais l’histoire a déjà prouvé avec Gorbatchev que du plus terne des bureaucrates peut parfois surgir un réformateur audacieux. On sait maintenant qu’au lendemain des manifestations spontanées du mois d’août 1994 qui ont opposé la police et des émeutiers en plein centre de La Havane, Raul a fait personnellement pression sur Fidel pour obtenir la réouverture des marchés libres paysans au mois d’octobre de la même année.
Secondé par six cadres prééminents du Parti communiste, dont le vice-président Carlos Lage, et le chef de la diplomatie Felipe Perez Roque, Raúl a adopté un style aux antipodes de celui de son frère, avec des discours synthétiques et de rares apparitions devant les caméras. Il s’est aussi dit ouvert, aux “divergences” et au débat, et favorable à l’ascension de nouvelles générations. Pour le moment, rien de concret n’est cependant venu etayer ces déclarations.
En particulier, aucune amélioration n’est intervenue du côté des droits de l’homme. La libération pour raisons de santé le 6 décembre d’Hector Palacios, l’un des dissidents les plus combatifs du groupe des 75 arrêtés en mars 2003, n’a aucunement été perçue comme un signe d’assouplissement. Les autorités de La Havane ont déjà averti qu’elles prendront «toutes les mesures nécessaires» envers la dissidence y compris pour l’empêcher de recevoir des aides de Washington.
L’ère post-Fidel Castro a bel et bien commencé. Même si Raúl Castro a été désigné en tant que garant de la continuité révolutionnaire, une véritable relève des générations est inévitable. Peut-on imaginer que le vide créé par la maladie de Fidel Castro puisse être comblé par une direction collective issue du Parti communiste sous la direction de Raúl Castro ? C’est l’option qui semble se mettre en place actuellement. Mais une fois la succession de Fidel Castro confirmée et définitive, Raúl sera obligé de faire des concessions : les Cubains n’accepteront pas de la part du petit frère, ce qu’ils ont enduré en silence de la part du grand frère pendant près d’un demi siècle de privations.










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