Six ans après son ouverture sur la base américaine de Guantanamo, le camp de détention de l’armée américaine est toujours là : un scandale juridique et humanitaire, et une humiliation supplémentaire pour Cuba.
Avant l’ouverture de la prison américaine de Guantanamo, Cuba était déjà un des pays au monde qui compte le plus grand nombre de prisons et de prisonniers en proportion de la population. Le chiffre des détenus est un secret d’Etat à Cuba et les estimations oscillent entre 100 et 150.000 pour une population de 11 millions d’habitants, soit un taux d’emprisonnement de 0,9 à 1,5%.
Président de la Commission cubaine pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale (CCDHRN, interdite), Elizardo Sanchez Santa Cruz, lui-même ancien prisonnier politique, a déjà à plusieurs reprises souligné “l’hypertrophie du système carcéral” cubain, passé de 14 prisons en 1958 à plus de 200 aujourd’hui.
“La torture physique n’est pas la règle à Cuba“, selon lui, mais “la torture psychologique est régulièrement pratiquée”, sous forme d’isolement du prisonnier dans des cellules minuscules, surchauffées, mal aérées, sans eau courante, et accompagnée parfois de privation de sommeil pour l’obtention d’aveux. Des conditions qui rappellent celle du camp de Guantanamo.
“Le scandale juridique et humanitaire incarné par Guantanamo dure depuis maintenant six ans. Pour quel résultat ? En l’absence de charges, 500 des prisonniers de la base en sont sortis, le plus souvent renvoyés vers leur pays d’origine. On comprend d’autant plus mal le maintien en détention de près de 300 personnes, alors que les autorités ont prévu d’en juger entre soixante et quatre-vingts. Or, le 30 juin 2006, la Cour suprême des États-Unis a justement déclaré anticonstitutionnels les tribunaux militaires d’exception destinés à juger les ‘ennemis combattants’ et, le 7 juin 2007, le Comité judiciaire du Sénat s’est prononcé en faveur du rétablissement de l’habeas corpus pour ces derniers. Il faut aller plus loin. Le vainqueur du scrutin présidentiel du 7 novembre prochain, qui prendra ses fonctions en janvier 2009, devra mettre fin à une situation humainement intolérable et juridiquement intenable. Nous appelons tous les candidats en lice pour le primaires à s’engager à fermer Guantanamo”, a déclaré l’organisation Reporters sans frontières, dont le président s’est rendu récemment à Guantanamo.
A tout le moins la prison de Guantanamo est régulièrement visitée par la Croix rouge et des ONG, ce que le gouvernement de Cuba à toujours refusé, préservant une totale opacité sur son système carcéral.
Avec près d’un demi siècle de communisme, Cuba semble être devenu par les hasards de l’histoire une terre de non droit. Le gouvernement cubain emprisonne opposants et journalistes après des simulacres de procès. Le gouvernement américain utilise la base de Guantanamo (louée à Cuba depuis 1903 avec un bail qui ne peut être résilié sans l’accord des deux parties) pour en faire un zone de non droit, où sont détenus des prisonniers sans jugement.





























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