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Raulito se fait un prénom

5 avril 2008 · 2 Commentaires

Il va falloir s’y faire, il y a maintenant deux Castro à Cuba, dont un doit encore se faire un prénom. Raul que l’on surnommait de façon assez méprisante “el burro” (l’âne) par opposition à son ainé Fidel “el caballo” (le cheval), est maintenant sorti de l’ombre. Le petit Raul (Raulito) n’est plus cet éternel numéro 2 condamné à vie à jour les rôles de figurant.


A l’instar des fins de règne des grands caudillos, il était encore récemment indécent d’évoquer à Cuba avec trop de précisions la succession du Lider maximo de son vivant. La question n’est plus maintenant de savoir s’il y aura une transition à Cuba, mais quand et comment. Il n’y a guère de modèle qui puisse s’appliquer à la situation cubaine, car elle ne correspond ni à la situation des ex-pays de l’Est ni à celle des transitions démocratiques des dictatures latino-américaines. Fidel Castro est un cas particulier : il n’est ni Pinochet ni Jaruzelski. Dans le cas cubain, il ne s’agit pas de bousculer une tête galonnée ou un dictateur à la solde d’une puissance étrangère, mais de mettre fin à une expérience révolutionnaire et populaire qui a mobilisé en son temps des millions de personnes.

Réduire la révolution cubaine à sa composante marxiste serait une erreur : le nationalisme cubain, incarné de fait par Castro pendant près d’un demi-siècle, est sans doute une des clés de voûte de l’exceptionnelle longévité du régime. D’autant plus qu’il s’agit également de résister à une pression extérieure qui prétend imposer son propre schéma de transition : le régime cubain a beau être à bout de souffle, il fait encore recette lorsqu’il s’agit de résister aux projets revanchards de Miami soutenus par les États-Unis.

Avec Raul une nouvelle ère a commencé, qui semble donner la priorité au pragmatisme. Désormais on ne pourra plus écrire Castro dans un article, il faudra préciser lequel. Avant c’était inutile : il n’y avait qu’un seul Castro. « Fidel Castro Ruz, président du Conseil d’État, président du conseil des ministres, chef suprême des armées et secrétaire général du Parti communiste de Cuba. » Ces titres ronflants et ces hautes responsabilités à tiroirs qui apparaissent au détour des documents officiels sont généralement ignorés des Cubains pour qui Castro est simplement « Fidel ». Fidel Castro fait partie de la poignée de dictateurs que son peuple tutoie et ne désigne que par son prénom ou par un de ses nombreux surnoms : le Comandante est le plus fréquent, mais aussi El Caballo ou El Numero uno( le cheval porte ne numéro un dans le jeu de loterie clandestine à Cuba).

La figure de Fidel Castro se confond avec une période, une époque et une perspective de l’histoire cubaine qui n’ont guère de précédent. Fidel Castro a propulsé au centre de l’actualité une île jusqu’alors surtout connue pour ses cigares, son rhum et le cha-cha-cha. La majorité des Cubains, plus de 70%, n’a jamais connu d’autre rapport au pouvoir que ce paternalisme autoritaire qui repose sur un mélange de fascination et de crainte.

La question va se poser de savoir qu’est ce qu’on va faire de Fidel Castro dans un pays où tout le monde à le droit d’avoir des ordinateurs et des téléphones portables ? Il n’y a pas de poste de sénateur à vie à Cuba .D’ailleurs Fidel n’est probablement pas haï par la majorité de son peuple : il est plus une sorte de grand-père encombrant dont on n’arrive pas à se défaire, et dont on attend avec résignation la mort, pour pouvoir enfin s’amuser un peu et dilapider son héritage. En revanche les Cubains sont nombreux à penser que sa disparition ne pourra se faire sans d’importants changements. « Le pouvoir de Fidel Castro n’est pas transférable. Il a beau être communiste, il appartient au même stock anthropologique que Francisco Franco ou Rafael Trujillo : le militaire autocratique. Ce type d’autorité basée sur un mélange de respect et de peur ne peut pas être transférée. » prédit Carlos Alberto Montaner (Carlos Alberto Montaner, Foreign Policy janvier-février 2007).

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2 reponses ↓

  • 1 Dom // 7 avr 2008 at 3:48

    C’est vrai que Raul arrive à se faire un prénom en modifiant lentement le régime.

  • 2 lucho // 10 avr 2008 at 4:09

    Il est un peu tôt pour savoir si Raul va se faire durablement un prénom. Ce qui est vrai c’est qu’une vision moins idéologique et plus pragmatique des difficultés de la vie quotidienne de la population semble être prise en considération à La Havane.
    De là à penser à un changement de régime, il y a un pas qu’il serait prématuré de franchir. Je soupçonne que la volonté des dirigeants soit plutôt de se diriger vers une évolution à “la chinoise” associant économie plus libérale et régime politique inchangé. Les Cubains, qui ne sont pas les Chinois, accepteront-ils cette option? Dans un premier temps cela n’est pas impossible car les Cubains se plaignent d’abord de leurs conditions de vie matérielles, et beaucoup parlent encore comme d’un paradis perdu de la période précédant la chute de l’URSS, quand le régime politique était le même mais où Cuba ne manquait de rien (voir par exemple le joli document de Mlle GUZMAN : le rideau de sucre)
    L’autre point pour lequel l’ouverture récente à la consommation (autorisation d’achat d’ordinateurs, tel. portables…) ne me parait pas être forcément le signe du début d’un changement de régime est que les dirigeants Cubains savent qu’aujourd’hui le pays est le règne de la “débrouille” et qu’une importante économie souterraine s’est développée depuis plusieurs années; l’assouplissement actuel de quelques règles économiques pourrait être liée à la volonté des gouvrnants de récupérer ces “matelas” de devises fortes dans l’économie normale.

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Cet article a été publié le Samedi 5 avril 2008 à 15:26 par olivier languepin et est classé dans news. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.